21 juillet 2026

Ce que j'ai appris ici je ne l'aurais appris nulle part ailleurs, Valérie - Technicienne chimiste

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Sur le site de traitement thermique des déchets dangereux Trédi de Salaise-sur-Sanne, le laboratoire Rejets veille en continu à ce que les eaux issues des process industriels soient conformes aux normes environnementales avant d'être rejetées dans le Rhône. Valérie y travaille depuis 25 ans. Elle raconte un métier de terrain, de rigueur et de sens.

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Comment es-tu arrivée jusqu'ici ?

J'ai fait un bac général scientifique, puis un BTS Analyse biochimique à Lyon. À la base, c'est la chimie du vivant qui m'intéressait, les laboratoires pharmaceutiques, médicaux, l'agroalimentaire. J'ai fait des missions d'intérim dans ces secteurs.

Et puis j'ai effectué une longue mission, deux ans et demi, au laboratoire des eaux de rejet d’une centrale nucléaire. C'est là que j'ai découvert la chimie industrielle, et en particulier la chimie de l'eau. J'y ai travaillé sur des analyseurs spécifiques - chromatographie ionique, spectrophotométrie - que je ne connaissais pas avant. Ça a vraiment été le tremplin.

En 1999, un poste s'est ouvert ici en remplacement d'un congé maternité, pour six mois. Mon profil correspondait exactement… Et vingt-cinq ans plus tard, je suis toujours là

Le site Trédi incinère des déchets dangereux. Quel est précisément le rôle du laboratoire Rejets ?

Quand on incinère des déchets, on génère beaucoup d'eaux de process, des eaux qui traversent et participent à toutes les étapes du traitement. Ces eaux sont recueillies, traitées dans notre station d'épuration, puis rejetées dans le Rhône. Mais avant d'en arriver là, elles doivent être analysées en permanence. C'est notre mission.

Le laboratoire Rejets a trois grands rôles. D'abord, un rôle réglementaire : nous produisons des analyses pour l'administration, pour démontrer que nos rejets respectent les normes environnementales en vigueur. Ensuite, un rôle de support opérationnel : nous aidons les exploitants du site à piloter leurs installations en temps réel grâce à nos résultats. Et enfin, un rôle technique : nous assurons la maintenance et l'étalonnage de tout notre parc d'analyseurs, qui tournent en continu, 24 heures sur 24.

Ton quotidien, c’est uniquement le laboratoire ?

Pas seulement, loin de là ! Dès 7 h 30 le matin, avant même de mettre un pied au labo, je fais le tour complet du site pour aller checker tous les analyseurs en ligne sur les installations. Ce sont des appareils installés directement sur le terrain, qui mesurent en continu et envoient leurs données en salle de contrôle toutes les quinze minutes. Il faut vérifier que rien n'a flanché pendant la nuit.

Ensuite seulement, je rentre au laboratoire pour récupérer les échantillons du jour et réaliser les analyses. Et l'après-midi, il y a une part importante de reporting : saisir les résultats, les communiquer aux exploitants en fin de matinée et en fin de journée. Alors non, on ne reste pas assis devant une paillasse. C'est un vrai métier de terrain.

Comment êtes-vous organisés ?

Nous sommes cinq techniciens chimistes et chaque matin on se répartit les postes, de façon tournante. Il y a trois postes principaux :

  • le poste STEP, qui suit la station d'épuration et les analyses réglementaires des rejets ;
  • le poste chaudière, qui contrôle la qualité de la vapeur que l'on produit et que l'on vend à des clients industriels ;
  • le poste mâchefers, qui contrôle les résidus solides de l'incinération avec, là aussi, un résultat à fournir chaque jour à l'administration.

On tourne sur ces trois postes. Ce qui implique beaucoup de communication : se passer les consignes, signaler les anomalies, se coordonner. C'est un gros travail d'équipe. On apprend ça aux jeunes qui arrivent.

Et quand un analyseur tombe en panne ?

Cela arrive, et dans ce cas il faut intervenir en urgence. On a des moyens redondants pour assurer la continuité des analyses, mais il faut remédier au problème au plus vite pour que les exploitants puissent continuer leur surveillance dans de bonnes conditions. C'est l'un des aspects les plus exigeants du métier, mais aussi l'un des plus stimulants.

Sur quel type d’équipements travailles-tu ?

Les normes évoluent en permanence : on nous demande de mesurer des traces de plus en plus fines, ce qui nous oblige à renouveler régulièrement notre parc analytique. La plupart de nos analyseurs ont moins de cinq ans. On travaille avec de la spectrophotométrie, des COTmètres liquide et solide, et on dispose d'un analyseur à métaux qui fonctionne par torche à plasma, c'est impressionnant. En entrant ici, techniquement, on ne s'ennuie pas !

Qu'est-ce qui te plaît le plus dans ce métier ?

La polyvalence, sans hésiter. Il n'y a pas de journée type. Chaque journée change selon la maintenance à faire, les analyses du jour, les éventuelles pannes à gérer en urgence. Et puis c'est un métier qui grandit avec vous : on entre chimiste de laboratoire et au fil du temps on apprend à faire de la maintenance sur les analyseurs, voire du curatif. On finit par maîtriser plusieurs métiers à la fois.

« Déchets dangereux », cela peut faire un peu peur. Comment expliques-tu ce que tu fais autour de toi ?

J’explique que, mon métier consiste justement à m'assurer que le traitement des déchets dangereux n'a pas d'impact sur l'environnement. Je sais que nous ne polluons pas, parce que c'est moi qui mesure. Ce n'est pas une posture, c'est ce que je fais chaque jour, analyse après analyse.

Trédi traite les déchets dangereux que l'industrie produit inévitablement. Et le laboratoire Rejets, c'est le regard vigilant qui s'assure que ce traitement ne se fait pas aux dépens du Rhône ni des écosystèmes alentour. Ça donne vraiment du sens à ce qu'on fait.

Un mot pour les personnes qui envisageraient de se lancer dans ce métier ?

Si vous avez l'esprit curieux, méthodique, analytique,  si vous aimez les sciences, le travail en équipe et la diversité dans vos missions, n'hésitez pas ! Il y a énormément de choses à apprendre ici. Vous repartirez, avec une vraie polycompétence et une expérience solide en chimie industrielle. Ce que j'ai appris ici, je ne l'aurais appris nulle part ailleurs.

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