Éliminer les PFAS : 3 questions à Benjamin Denis, responsable des affaires publiques du groupe Séché Environnement

Comment éliminer définitivement les « polluants éternels » ? Alors que les PFAS s'accumulent dans l'environnement, une seule technologie a scientifiquement prouvé son efficacité : l'incinération dans une installation dédiée aux déchets dangereux. Avec un taux de destruction supérieur à 99,99%.
Pourquoi les PFAS nécessitent-ils un traitement spécifique ?
Benjamin Denis : les PFAS sont surnommés « polluants éternels » car leur liaison carbone-fluor les rend très résistants à une dégradation naturelle. Présents partout – textiles, mousses anti-incendie, pesticides – ils s'accumulent dans les sols, l'eau et les organismes. Il faut toutefois distinguer deux familles de PFAS :
- les polymères sont surtout présents dans les biens de consommation (textiles, emballages, ustensiles de cuisine, équipements électroniques…). Ils sont traités efficacement par les incinérateurs de déchets non dangereux dont les conditions permettent leur minéralisation ;
- les non-polymères, eux, se trouvent notamment dans les terres polluées, les déchets industriels, les gaz fluorés, les pesticides et les systèmes de filtration des eaux. Depuis 2026 en effet, la réglementation sur l'eau potable incite collectivités et industriels à installer des filtres au charbon actif qui, une fois saturés de de PFAS, deviennent eux-mêmes des déchets dangereux. Mais il ne suffit pas de capter les PFAS, il faut aussi les éliminer pour s’assurer qu’ils ne viennent pas contaminer de nouveau l’environnement. Seule la destruction thermique à très haute température peut briser leur liaison carbone-fluor
Comment l'incinération détruit-elle ces molécules « indestructibles » ?
BD : Les incinérateurs de déchets dangereux, qui sont conçus et exploités pour détruire toutes les substances dangereuses, garantissent des conditions propices à l’élimination des PFAS : températures élevées dans les fours d’incinération, temps de séjour suffisamment long, post-combustion des fumées, traitement des fumées ultra-performant. À ces températures, la liaison carbone-fluor se brise et provoque la minéralisation des PFAS sous forme de CO2 et de fluor. Ceux-ci sont ensuite captés lors du traitement des fumées ou stabilisé dans les résidus solides de la combustion. Ce n'est pas une transformation ou un déplacement : c'est une élimination définitive.
L’efficacité est-elle démontrée pour les PFAS ?
BD : Dès 2022, le groupe Séché Environnement a mené des tests industriels sur toutes ses installations pour démontrer cette efficacité de minéralisation. Nous avons fait des essais avec des déchets contenant jusqu'à 59 % de PFAS, notamment des émulseurs anti-incendie. Comme le conseillait l’INERIS (Institut national de l'environnement industriel et des risques), nous avons adopté le protocole défini par les Nations Unies pour les Polluants Organiques Persistants (les POP) : nous avons calculé les DE (Destruction Efficiency) et DRE (Destruction and Removal Efficiency) en mesurant la présence de PFAS dans tous les résidus solides, liquides et gazeux du processus d’incinération.
Résultat : 99,99 % des PFAS sont détruits.
L'incinération de déchets dangereux est actuellement la seule technologie industrielle ayant scientifiquement prouvé son efficacité sur les PFAS. Comme l’ont souligné récemment le SYPRED et le SYVED, les associations professionnelles des industriels de la gestion des déchets dangereux.
Si la solution est prouvée, pourquoi n'est-elle pas généralisée ?
BD : C’est le paradoxe. L'efficacité est établie, mais la filière peine à se développer faute de cadre réglementaire stable et clair. Aucune valeur limite n’a pour l’instant été officiellement définie concernant la concentration des PFAS dans les rejets aqueux au milieu naturel. Sans normes harmonisées, tout dépend de chaque Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), ce qui crée une certaine insécurité juridique et des distorsions de concurrence entre les régions.
Il faudrait aussi des seuils définissant à quel moment un déchet contaminé ne peut plus être valorisé et doit obligatoirement être détruit. Actuellement, des boues de stations d'épuration ou des terres polluées fortement contaminées peuvent être utilisées en remblai ou épandues sur des surfaces agricoles.
Ces évolutions sont attendues au niveau européen, mais pas avant plusieurs années. Tant que les producteurs de déchets ne seront pas obligés d'orienter leurs flux vers les filières spécialisées, les volumes traités resteront marginaux et des PFAS continueront à entrer dans des cycles de production et à être disséminés dans l’environnement.
D’autres enjeux émergent déjà comme celui de la traçabilité. On pourrait imaginer une sorte de « passeport » pour chaque produit, qui permettrait d'identifier les PFAS tout au long de leur cycle de vie et d'orienter facilement les déchets vers les bonnes filières.
En attendant, la solution pour éliminer les fameux « polluants éternels » à l’échelle industrielle existe bel et bien. Nous la maîtrisons en fait depuis longtemps : c’est la filière d’incinération des déchets dangereux.






